L’amplification dans l’esprit de l’horizontalité

9 mars 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Bonjour, revenons aujourd’hui vers le passage de la verticalité en horizontalité. Celle-ci exerça sur le peintre deux effets.

Un effet visible consistera en une  rotation du haut du corps de Jackson Pollock vers 90 degrés.

Et un effet visible, mais non moins effectif, avec l’amplification dans l’esprit de l’horizontalité. Ce sera l’objet de mon billet d’aujourd’hui avec l’amorce de la phase qualifiée de « classique » de Pollock, les drippings et les all overs.

Jackson Pollock, Number 32 (1950)

L’amplification dans l’esprit de l’horizontalité

Les grands formats à même le sol

Le grand format des toiles drippées aura plusieurs origines. La première viendrait de celle du peintre régionaliste nord-américain T.H. Benton qui en préconisait l’emploi. D’autres considèrent que les paysages panoramiques de Californie et d’Arizona où Pollock a passé sa jeunesse aurait laissé une empreinte indélébile sur sa facture. Il semblerait que ce soit surtout le mouvement amorcé par les impressionnistes et les surréalistes qui ait inspiré Pollock ainsi que son expérience au sein de l’atelier de peintures murales de taille inédite de Siqueiros.

En dehors de Blue Poles et de trois grands drippings (Number 32, 1950 ; One Number 31 et Autumn Rythm, Number 30, 1950), William Rubin[1] relativise toutefois l’association de Pollock et des grands formats. De par leur destination, il les considère comme des « tableaux de chevalet poussés jusqu’au grand format », citant à l’appui de ses propos, Mark Rothko qui disait « qu’il peignait en très grand format pour faire intime ». Comme Pollock, « il voyait ses tableaux accrochés dans un appartement ». Les formats étaient, en outre, divers (rectangulaires dans un sens plutôt horizontal que vertical, voire un tondo). La monumentalité des toiles s’expliquerait selon Rubin, par le fait qu’elles « présenteraient des images abstraites avec une matière très présente.[2] » Ainsi la couleur-matière interviendrait-elle dans la facture pollockienne comme un élément déterminant du choix de la dimension.

Jackson Pollock, One Number 31 (MoMa)

Sur ces grands formats posés à même le sol, Pollock recouvrera la surface de ses œuvres classiques d’un réseau de lignes entrelacées, ponctuées de gouttes, de flaques et de taches de couleur. Ce procédé de recouvrement de la surface sera désigné du terme évocateur d’all over.

Un all over tout en débordement

Dans ses déclarations[3], Pollock expliquera qu’il se sentait parti prenante dans la peinture à partir du moment où il pouvait se déplacer et l’attaquer de tous les cotés.

Par le terme all over, Pollock suggère en fait que la peinture peut être prolongée mentalement au-delà des limites de la toile. L’œuvre ne serait qu’un fragment d’un monde qui se poursuit hors les bords du tableau. En attestent les traces de sa peinture sur le sol, celles de ses chaussures… et de ses meubles de son atelier à Long Island. Le all over est presque autant un over all.

Plus que les grands formats, c’est bien la composition all over qui dénote l’insistance de Pollock sur la « la qualité matérielle du tableau, sur la couleur pour la couleur dans son autonomie », par opposition « aux glacis », « aux belles sauces ». « La couleur ou la pâte toute nue [4]» : on retrouve le dévoilement de la couleur qui est devenue tellement présente qu’elle déborde de partout du tableau.

Pour revenir aux intuitions anticipatrices de Nietzsche, Jackson Pollock a essayé de « s’en sortir par l’ivresse [5]», c’est-à-dire par l’extrême de la couleur agitée jusqu’à l’incandescence par le double apport du geste du corps entier et des grands formats horizontaux. Mais le « nihilisme parfait », selon Nietzsche, n’est pas le nihilisme qui se contente de la destruction[6]. Il tend, comme l’illustre non moins Pollock, vers

« l’épanouissement de la culture apollinienne surgissant d’un abîme ténébreux, comme la victoire que la volonté hellénique emporte sur la souffrance, sur la sagesse de la souffrance en se reflétant dans la beauté.[7] »


[1] William Rubin « L’effet Pollock » in Jackson Pollock, cat. Exposition Paris musée national d’art moderne, 1982, p. 15.

[2] Ibidem, p. 15.

[3] « My paintings », in Possibilities, New York 1947-48, in Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Paris, Macula, 1978. Sans indication de page.

[4] William Rubin « L’effet Pollock », op. cit., in Jackson Pollock, cat. Exposition Paris musée national d’art moderne, 1982, p. 15.

[5] Friedrich Nietzsche, Le nihilisme européen [1887], Kimé, Paris, 1997, p. 42 et 45.

[6] Ibidem.

[7] Naissance de la tragédie, [1872], § 14, in Jean Lefranc, Comprendre Nieztsche, op. cit. p. 60.

Une peinture plus biologique que réflexive !

8 mars 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Ainsi que je l’avais annoncée dans mon billet précédent, je vous présente aujourd’hui ce que j’ai appelé une peinture plus biologique que réflexive. Ce billet s’articule avec mon article précédent une approche de la matière à ras de terre pour finir ce sous-chapitre dédiée à la rotation du haut du corps de 90 degrés.

Jackson Pollock, Life Magazine (1949)

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Une approche de la matière à ras de terre

3 mars 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Bonjour, j’espère que vous suivez toujours dans mon exégèse de l’œuvre d’abord figurative de Jackson Pollock. Je vais vous présenter, dans les billets qui vous suivent le dernier volet de La radicalisation de la destruction par le geste informe. A La libéralisation du geste dans l’Action Painting, succèdera maintenant Le renversement de la verticalité en horizontalité. Ce qui peut vous sembler, à première vue, dérisoire, aura une importance capitale dans l’avènement des drippings.

La rotation du corps de 90 degrés (mon billet de ce jour) s’articulera avec ce que je vais appeler, une approche de matière à ras de terre pour finir avec une peinture plus biologique que réflexive (mon prochain billet).

Yves Klein, anthropométries

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La main qui échappe à l’oeil

2 mars 2010 par Artysplash 2 commentaires »

La main qui échappe à l’œil

Pivot de la libération du geste dans l’Action Painting, Jackson Pollock « compensera » en quelque sorte son infirmité de départ en inventant une gestuelle nouvelle.

Avec le geste pollockien, il en est fini de la subordination de la main à l’œil comme il en était de règle pendant des siècles dans la peinture de chevalet.

Jackson Pollock, Action Painting

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Le rôle et la portée du hasard

1 mars 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Le rôle et la portée du hasard

Avec l’action painting, la couleur s’épanouira de mille feux. Après l’infirmité créative de Jackson Pollock, le hasard fera également bien les choses pour cette  gestuelle nouvelle.

Pollock et une toile blanche

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Le geste au lieu et place du contour

25 février 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Le geste au lieu et place du contour

L’art de Jackson Pollock demeure indissociable de sa gestuelle qui sera qualifiée d’Action Painting par Harold Rosenberg, chantre de « l’existentialisme » américain. Une tel le dénomination met l’accent sur l’acte de peindre (en train de peindre) plutôt que sur le résultat qui y met un point final.

Jackson Pollock, action paintingPollock, Action Painting

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La radicalisation de ma destruction : le geste informe

24 février 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Bonjour, je vous plonge à nouveau dans le monde de Jackson Pollock. J’espère que ces billets qui se renvoient les autres aux autres vous permettront de mieux comprendre  sa peinture  et sa portée sur  l’abstraction et ses représentants.  Vous avez bien compris que l’actualité du monde de l’art me rattrapait parfois. C’est ainsi que vous recevrez, à brûle pourpoint, d’autres billets se rapportant à mes autres  rubriques telles que Au fil des expositions ou encore  Echos du marché de l’art.

Le fil d’Ariane n’en demeurera pas moins les méandres de l’œuvre de Jackson Pollock.

Après l’exacerbation de la destruction par la couleur informe, je débute une série de billets sur la radicalisation de la destruction par le geste informe. De dionysiaque, Pollock atteindra ce que j’appellerai sa phase apollinienne avec ses fameux drippings. Il lui aura fallu ces circonvolutions, cette longue série de détours et tâtonnements pour y parvenir !

Dans sa phase figurative, on pressent déjà que le geste commence à se libérer de la couleur s’exprimant sur une surface en deux dimensions. Il n’attend plus qu’un événement extérieur pour s’affranchir du plan.

Comme par un mouvement en retour, le geste devenu lui aussi informe va se mettre davantage au service de la couleur ainsi que l’attestent les drippings de Pollock. Ce sont eux qui seront désormais au cœur de mon analyse. Enfin, d’aucuns pourraient me le suggérer !

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Check list à Drouot !!?

23 février 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Bonjour, retour en ce  début de semaine dans les salles de ventes parisiennes. Je vous livre « une brève » qui s’inscrit dans la suite de mon billet sur Le temple aux illusions.

Drouot

Le Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie vient de missionner trois personnalités (un conseiller référendaire à la Cour des Comptes, un conseiller d’Etat, et un inspecteur générale à la Cour des Comptes) afin de rendre d’ici fin mars « une étude légale et économique » des ventes aux enchères.

Devant l’ampleur des accusations de vol, de détournement et de recels d’œuvres d’art qui ont touché en plein cœur Drouot, ses roués commissaires-priseurs judiciaires et ses commissionnaires, les Savoyards, la ministre a estimé (non sans raison) « nécessaire de vérifier si le cadre légal et économique dans lequel se déroulent les ventes aux enchères réalisées par les sociétés de vente volontaires et les commissaires-priseurs judiciaires permet d’assurer à l’ensemble des acteurs, notamment aux particuliers, un haut niveau de transparence et de sécurité. »

Deux mois seulement après la mise en examen d’un commissaire-priseur judiciaire et de huit commissionnaires, l’initiative mérite d’être relevée. A l’heure où la directive Bolkenstein devrait déjà bouleverser le système légal en vigueur depuis la loi du 10 juillet 2000, gageons que la France a encore bien du retard pour se conformer « a minima » aux exigences communautaires de transparence et de sécurité des transactions ! Qu’il  est difficile en 2010 d’amender un monde délétère soumis depuis toujours au corporatisme et accroché à ses monopoles d’inspiration « Ancien Régime » !!

Ma sélection de la semaine en Europe

22 février 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Bonjour, je me permets de faire une petite aparté à l’ode dédiée à la couleur chez Jackson Pollock. Ouf, d’aucuns pourraient le penser ! Je vous livre donc aujourd’hui ma sélection des principales expositions en cours en Europe pour les voyageurs et les autres amateurs du Beau…

  • EN ALLEMAGNE

Cologne

Malevitch et les suprématistes dans les collections du musée

Malevitch, composition suprématiste

Musée Ludwig

Du 05 février au 22 août

Malevitch, sa période suprématiste et ses suiveurs… avant qu’il ne passe à l’abstraction avec son célèbre carré blanc sur fond blanc de 1918.

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Le jeu sur la matière

18 février 2010 par Artysplash Pas de commentaires »

Bonjour, je vais aborder aujourd’hui plus spécifiquement la technique de Pollock toujours dans sa phase première figurative, le jeu sur la matière. C’est cette technique primitive qui l’amènera à composer ses premiers drippings.

Hans Hofmann, Spring

1944-45 (daté au revers 1940)

Huile sur toile

28.5 x 35.7 cm (MoMa)

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