Circular letter from Tuscany

26 juillet 2011 par Artysplash Laisser une réponse »

C’est avec un plaisir renouvelé que je reviens vers vous aujourd’hui. Je n’ai pu résister à l’envie de vous livrer quelques pensées tirées de mes récents voyages. Mon carnet de voyage prendra la forme d’une circular letter à la façon des anglo-saxons.

Campagne toscane

Mon dernier voyage m’a laissée ébahie, le regard émerveillé devant la floraison de formes et de couleurs que j’y ai trouvée.

Depuis cinq ans, je n’étais pas retournée à Casole d’Elsa, un charmant village niché entre Volterra et San Gimignano. J’avais coutume d’y suivre l’été des stages de peinture au sein du « Centro d’Arte Verrocchio ». Il s’agit d’une école de peinture et de sculpture. Elle est dirigée par un maestro sculpteur Nigel Konstam.

Le dépaysement est, chaque fois, total. Je suis plongée dans la couleur et le dessin en compagnie d’Anglais, de Néo-Zélandais, de Sud-Africains, d’Australiens, de Singapouriens. Les Américains sont plus rares.  Je n’y ai rencontré aucun français à l’exception d’un français d’origine vietnamienne. Il n’est jamais revenu, m’a-t-on dit. A croire que ces  summer schools artistiques et anglophones ne suscitent que peu d’attrait chez nos compatriotes.

Au Centro, je n’ai également jamais croisé d’historiens de l’art. Analyser une œuvre du point de vue de la composition, des couleurs, des lignes en la resituant dans son contexte est au cœur de l’enseignement universitaire. Certains s’étonneront de la pertinence et de la profondeur d’une exégèse lorsque son auteur ne s’est pas frotté  lui-même,  sur le terrain,  aux différentes techniques artistiques.

Nigel Konstam aime comprendre et expliquer l’œuvre de certains artistes. Il s’y emploie à la manière de David Hockney avec ses « SAVOIRS SECRETS, les techniques perdues des Maîtres anciens ».  Le projet de Nigel Konstam « The museum of artists’ secrets” est sur le point d’aboutir.  C’est un projet iconoclaste. Ses nombreuses années de recherches et d’expérimentations ont mis en lumière des découvertes révolutionnaires. Un nouveau regard dans le monde de l’art et de son histoire est offert, mais, curieusement, la porte du monde académique lui est restée fermée en dépit d’  « evidences » qu’il avance étayées.

Deux techniques me semblent tout à fait emblématiques de la démarche de vérité de Nigel. Le nom de Verrocchio ne renvoie pas seulement au sculpteur, peintre et orfèvre de la deuxième moitié du quattrocento. Vero-occhio signifie en italien true eyes.

–         La première technique se rapporte aux bronzes de la Grèce antique, ceux de Riace. Il s’agit de deux spectaculaires sculptures en bronze à taille humaine datées du Vème siècle avant J.-C., en pleine ère classique. Selon Pline, le moulage d’après modèle vivant aurait été inventé par Lysistratus vers 350 avant J.-C.. Peu d’historiens valident cette hypothèse. Les recherches de Nigel in situ démontrent l’utilisation des moules en creux vers 500 ans avant  J.-C, apogée de l’art grec avec la découverte du contrapposto. Selon Nigel Konstam, cette utilisation souligne l’ avancée technique plutôt qu’une avancée proprement artistique des sculpteurs antiques.

Bronzes de Riace, v. Vème s. ap. J.-C., Musée national de Calabre

–   La deuxième découverte a trait à l’usage de miroirs dans la peinture du XVIIème siècle. On connaît leur emploi par Vélasquez. Cette technique aurait permis à l’ artiste d’origine sévillane, ami et peintre officiel de la Cour de Philippe IV d’Espagne, de terminer en un délai record son chef d’œuvre « Les Ménines » à l’aide d’un grand miroir provenant de la salle des miroirs du Palais royal de Toledo.

Vélasquez, les Ménines, 1656, le Prado

Nigel Konstam prétend, preuves à l’appui, que Vermeer et Rembrandt recouraient également aux miroirs. Bien qu’excellant dans le portrait, Rembrandt se facilitait parfois la tâche  en dessinant et peignant d’après la réflexion des personnages sur une surface plane renvoyant leur image. Quant à Vermeer, Nigel Konstam suggère que le peintre utilisait un double miroir pour mieux faire sentir la lumière qu’il entendait capter. Enfin, Nigel Konstam partage le point de vue de David Hockney lorsque celui-ci affirme que Filippo Brunelleschi avait fait usage de la camera obscura, mais Nigel doute que Vermeer s’en soit également servi dans son atelier.

J’invite tous ceux qui ne sont pas trop choqués par ces propos iconoclastes à approfondir ces questions en se connectant sur le site de Nigel ( www.verrocchio.co.uk).  A l’instar du premier Matisse, lors de sa période fauve, je savais qu’ peignant, l’on pouvait se brûler au contact de la couleur. Vince Tutton, mon professeur de peinture (cf son site www.vincetutton.co.uk) m’a permis de le vivre indirectement en m’invitant à dessiner et à n’utiliser que quelques pastels à la Toulouse-Lautrec. En frôlant la couleur sans m’y plonger, j’ai ressenti encore plus sa vivacité.

Preuve que rien n’est impossible, même pour la néophyte que je suis…

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