De Dionysos à Apollon

20 avril 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

J’arrive à la fin de mon étude consacrée à l’œuvre de Jackson Pollock. Aussi vais-je vous livrer aujourd’hui ces quelques lignes en guise d’épilogue.

De Dionysos à Apollon

Chaque peinture de Pollock est comme le parcours qui l’a produite : celui d’une fureur conduisant à la plénitude d’un beau infini.

L’expérience que livre l’artiste rappelle celle du second Faust de Goethe dans l’ouvrage duquel se rencontrent l’Allemagne du Sturm und Drang[1] annonçant le romantisme et la Grèce antique par trop idéalisée au XVIIIè siècle.

Cette expérience est celle d’une beauté « qui se donne et se dérobe dans le même temps. » C’est « une promesse fragile et éphémère d’ordre véritable, de bonheur, de liberté ; c’est une éclaircie, comme celle qui accueille d’un arc-en-ciel l’arche de Noé dans les tableaux flamands. [2]»

Cette éclaircie ouvre sur un monde à la fois proche et lointain, celui de infiniment petit où circule tout un monde de particules qui naissent, créent et s’annihilent continuellement.

Au contact de l’œuvre de Pollock, on ne sait si l’énergie déployée est forte ou fragile, tant on a le sentiment simultané de l’explosion des choses et de leur évanescence. Comme lors d’un artifice, on est ravi et déjà un peu triste que tout soit parti. Sous ce rapport, on ne peut que partager, devant ses tableaux, le sentiment qu’un philosophe exprimait :

« Les êtres que j’aime sont des créatures. Ils sont nés du hasard. Ma rencontre avec eux est aussi un hasard, ils mourront… Savoir cela de toute mon âme et ne pas les aimer moins.[3] »

Si la rencontre de la couleur (et dans la couleur) est aléatoire, celle-ci n’est pas pour autant illusoire. La peinture de Pollock exprime la vie, à commencer par celle du Nouveau Monde, plein de vie et de vitesse.

Par son agitation autant que par sa sérénité, il est sûr que la couleur de Pollock ne reflète pas l’économisme ordonné de la vie américaine. La couleur y éclate de toutes parts – fuse de partout ! exprimant un autre aspect de l’Amérique, peut-être le plus profond, celui d’un continent qui adore l’action.

Cependant, au lieu de se contenter d’une pensée qui ne voit de vérité que dans le succès, la peinture de Pollock exprime un je ne sais quoi qui manque terriblement au monde de l’organisation : l’émoi.


[1] Tempête et (im) pulsion (source : dictionnaire Collins Allemand Français).

[2] Simone Veil, cité par Jean Lacoste in Qu’est-ce que le beau ? Les aventures de l’esthétique, Bordas, Paris, 2003, p. 230.

[3] Ibidem.

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