Mondrian – De Stijl I

20 décembre 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Mondrian - autoportrait - 1918 - La Haye Gemeetemuseum

Bonjour, je n’étais pas revenue sur mon blog depuis un certain temps. Aussi, pour me faire pardonner et pour clore l’année 2010 en beauté, je ne résiste pas à la tentation de vous présenter la rétrospective exceptionnelle dédiée à l’un des pionniers de l’abstraction Piet Mondrian et au mouvement De Stijl. Mondrian en fut l’initiateur aux cotés de Theo Van Doesburg et de Gerrit Thomas Rietveld. Pour des raisons inhérentes à la mise en ligne des articles sur internet, cette présentation se scindera en deux billets. Celui d’aujourd’hui traitera plus spécifiquement des œuvres créées par Mondrian jusqu’en 1920.

L’exposition s’y déploie sur les cimaises du musée national d’art moderne de Paris jusqu’au 21 mars 2011. Exceptionnelle, elle l’est à double titre. Les œuvres présentées sont d’une grande qualité ; elles se rapportent à la période « parisienne » de Mondrian, celle qui correspond aux années d’expérimentation les plus fécondes du maître hollandais. La dernière exposition organisée à Paris à l’Orangerie des Tuileries date seulement de 1969. Faut-il rappeler que les collections du centre Beaubourg ne recèlent que deux œuvres de Mondrian ? Les œuvres prêtées pour la rétrospective parisienne sont emblématiques. Autant dire que cette exposition est une date à inscrire dans vos agendas !

Au début du XXème siècle, le hollandais Mondrian, les russes Malevitch et Kandinsky mirent en scène une nouvelle grammaire plastique et formelle se rapportant aux lignes, aux couleurs et à la planéité. Par cette entreprise chromatique de destruction. ils bouleversèrent la traditionnelle peinture figurative. Fi désormais de la traditionnelle distinction entre couleur naturaliste ou descriptive et couleur arbitraire,  déjà mis à mal par les avant-gardes françaises de la deuxième moitié du XIXème siècle! Si Malevitch fit un bond dans l’abstraction de façon fulgurante, Mondrian passa à l’abstraction grâce au cubisme. Comme Kandinsky, il opéra une décantation du réel durant un certain nombre d’années. Mais cette période de tâtonnement, ce lent cheminement de la figuration vers l’abstraction seront sans retour possible pour Mondrian.

La rétrospective comprend deux parcours qui se veulent parallèles:

Je m’attacherai, pour l’essentiel, à vous présenter les œuvres du premier volet. Ce parcours chronologique expose, pour l’essentiel, les toiles créées par l’artiste à Paris de 1912 à 1938. La reconstitution de l’atelier parisien de Mondrian, rue du départ, avec les fameux cartons de couleur pure que Mondrian déplaçait au gré de ses inspirations nous rappelle l’exigence de création formelle de l’artiste dans son cadre de vie même mêlant expression picturale et arts décoratifs.

La première manière de Mondrian est évoquée par quelques toiles. Mondrian y représente, dans une veine symboliste, les paysages et fermes proches de sa maison natale en Hollande. Avant le cubisme, il découvre très tôt le rythme particulier des horizontales et des verticales caractéristiques des peintres de l’Ecole de la Haye. Dans le prolongement des peintres de paysage hollandais du XVIIème siècle, ces derniers sacraliseront le paysage en y ajoutant déjà une note sociale que l’on retrouvera dans le mouvement De Stijl (« le style » en français). Mondrian s’attache  à la structure de la composition avec une touche plus expressionniste et fauve.

Mondrian, le bois près d'Oele, 1908, La Haye Gemeetemuseum

Le bois près d’Oele (1908, La Haye, Gemeentemuseum) mêle couleur arbitraire et lumière. A Domburg, l’église, le phare, les dunes de la mer deviendront des motifs de prédilection. Le moulin rouge (1911, La Haye, Gemeentemuseum) illustre cette évolution dans la perception de la couleur chez Mondrian. Il y applique la couleur en larges aplats sur des surfaces délimitées par des couleurs pures, le rouge et le bleu. On le voit : Dès sa phase figurative en 1910, , le maître hollandais réduit drastiquement sa palette pour accuser le caractère bidimensionnel de l’œuvre. En affirmant la planéité, ce refus de la profondeur est caractéristique de l’abstraction géométrique de Mondrian à partir des années 1920. Durant ces années fondatrices, Mondrian s’initiera aux concepts théosophiques très en vogue d’Helena Blavatsky et de Rudolf Steiner. Cette aspiration à un ordre cosmique et universel ne cessera de le hanter jusque dans ses compositions néo plastiques.

Mondrian avait fait un court séjour antérieur à Paris. Il s’y installe en 1911. Il s’inspire du cubisme analytique de Picasso et de Braque en représentant des natures mortes (voir la Nature morte au pot de gingembre de 1912) ainsi que des vues de façades. Les indices de la réalité visible (ou naturelle selon le terme employé par Mondrian), s’atténuent progressivement avec les lignes orthogonales et les touches de couleur en camaïeu brun, vert et fauve. C’est avec la série des arbres de 1908 à 1912 que le passage à l’abstraction sera encore plus visible.

Mondrian, Pommier en fleurs, 1912, La Haye Gemeetemuseum

Dans le Pommier en fleurs (1912, La Haye, Gemeentemuseum), Mondrian se rapproche de sa grille idéale. Les lignes verticales évoquent le principe masculin et les horizontales son correspondant féminin. La composition est inscrite dans un jeu subtil de demi-cercles convergeant vers le centre (composition centripète).

Les années 1914 à 1917 sont des années charnière où Mondrian se dépouille peu à peu du système cubiste pour aller vers un monde entièrement géométrique.

Mondrian, composition avec plans de couleur 2, Rotterdam Museum Boijmans Van Beuningen

Composition avec plans de couleur 2 (1917, Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen) appartient à une série dans laquelle Mondrian évacue la ligne et la couleur considérées pour elles-mêmes. Les lignes deviennent des surfaces géométriques colorées baignant dans une sorte de lévitation sans que le sujet d’origine ne puisse être décelé. La décantation du réel et le détachement de la réalité visible deviennent frappants. Sa touche chromatique en couleurs pastel insuffle un rythme et une harmonie sans recours aux couleurs vives ou primaires. En 1917, Mondrian est un des théoriciens de l’abstraction. Il produit peu d’œuvres mais il élabore une série d’articles pour la revue De Stijl qu’il fonde aux cotés de Theo Van Doesburg.

Mon prochain billet traitera de la seconde période « parisienne » de Mondrian pour finir avec le second volet de la rétrospective consacré à De Stijl.

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