La couleur et ses connotations mystiques

18 janvier 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Bonjour, après ce rapide intermède consacré au marché de l’art, retour à la couleur, à son expansion, à ses épanchements, à ses éclaboussures !

Je remercie aujourd’hui tout particulièrement une de mes amies Nicole B. dont les cours de Yoga des yeux m’ouvrent le regard de manière tout-à-fait remarquable et m’aident à l’affûter, à le sensibiliser davantage au contact des œuvres d’art.

Après donc la couleur appréhendée du point de vue physiologique et psychologique, je vous présente aujourd’hui un volet se rapportant  aux connotations mystiques de la couleur .

On citera, au temps de Goethe, le peintre Philipp Otto Runge connu pour avoir mis au point un ingénieux systèmes de sphères colorées pour comprendre le mélange des couleurs qui sont diamétralement opposées à la surface de la sphère et qui se résolvent au centre en gris totalement neutre.

Philipp Otto Runge, boule des couleurs

En sus de ce travail qui se voulait « scientifique », Runge prêta à cette sphère des qualités mystico-magiques, voyant dans les trois  couleurs fondamentales, – le bleu, le rouge et le jaune, – le « symbole de la Trinité de Dieu ». Selon lui, également, le noir et le blanc ne sont pas des couleurs, car « la lumière est le bien, et l’obscurité le mal »

Au XXè siècle, on observera la permanence d’une telle interprétation « spirituelle » des couleurs avec des peintres comme Kandinsky ou  encore MondrianDans « Du spirituel dans l’art », Kandinsky déclarait ainsi à propos de la couleur orange: « il sonne comme une cloche de son moyen qui appelle à l’Angélus, comme une puissante voix de contralto ou comme un alto jouant largo. »

Kandinsky,  Mondrian, Malevitch ont été les premiers théoriciens de l’art abstrait.  Tous possèdent le même dénominateur commun : Partant de l’art figuratif, leur voyage vers l’abstraction a été définitif. Cela n’est pas le cas pour beaucoup de leurs suiveurs du cours du XXème siècle. Ces trois artistes ont retranscrit sur une toile par le biais des couleurs,  mais aussi des lignes et formes une réalité intérieure qui leur était propre.   Leur oeuvre fondatrice se rattache  imperceptiblement à un ordre cosmique supérieure  pour Malevitch et encore Kupka ou encore à des sensations et états d’âme.  Kandinsky évoquait à ce propos l’état de nécessité intérieure.


Kandinsky, Jaune, rouge, bleu

On pensera également au théoricien Johannes Itten avec son « Art de la couleur » qui était non moins proche du mysticisme. En raison de cet aspect, le point de vue d’Itten a pu apparaître douteux à certains. A vrai dire, Itten entendait exposer « un art de la couleur » (Kunst der Farbe) plutôt qu’une théorie de la couleur. A cette objection, d’aucuns répondent que la formule d’Itten dépend néanmoins de la science. Ainsi, aux dires d’un peintre anglais Oliver Bevan dans l’atelier duquel j’ai effectué un stage de peinture,

« Son classement des contrastes est plein de bon sens et utile pour stimuler la réflexion sur la juxtaposition des couleurs et leur fonction picturale. Le problème chez Itten est que ses primaires ne sont pas  primaires, ce qui gâte son cercle de couleurs et presque toutes ses observations. Il en est de même pour son utilisation du système très approximatif de Goethe, les principes sont bons, mais tout est construit sur un socle non-scientifique. »

Il existe une critique scientifique de la théorie d’Itten : c’est celle de Küppers qui rejoint le point de vue du peintre professionnel. Selon Küppers, les sept contrastes de couleurs d’Itten « ne relèvent pas de la théorie des couleurs. Ce sont des éléments de créativité. » En outre, « tous ceux qui ont effectué des exercices pratiques en suivant les indications d’Itten au sujet du mélange d’un cercle de couleurs, en utilisant ses trois  couleurs de base, ont dû se rendre compte que cela ne fonctionne pas. Créer un violet pur ou un vert pur au moyen de deux de ses «  couleurs de base », s’avère impossible. Autant impossible, que de vouloir créer du noir en mélangeant ces trois couleurs . A l’heure actuelle, les déclarations d’Itten sont dépassées. De ce jour, nous disposons de connaissances prouvées. La théorie des couleurs fait partie des sciences naturelles ».

En dépit de ses imperfections, l’ouvrage d’Itten connut une diffusion mondiale. Pour Küppers, une telle diffusion s’expliqua par le fait que ce livre « répertoria les notions de son temps. Il s’agirait, avant tout, de concepts d’artistes, relevant de l’intuition. »

Ainsi que j’ai pu l’entendre également de propos du peintre anglais déjà cité : « Je pense qu’Itten a beaucoup influencé les écoles des Beaux-arts américaines et ailleurs, avec le résultat que des milliers d’artistes restent convaincus que les primaires sont le jaune, le bleu et le rouge d’Itten et que le magenta, le cyan, et le jaune ne les concernent pas ! ».

Pour aller plus loin, je vous conseille notamment l’excellent site consacré à la couleur www. colorsystem.com.

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