A la diversité subtile (exposée dans mon précédent billet) des drippings de Jackson Pollock, s’ajoutera une délimitation de l’espace pictural qui borne, plus qu’il n’y paraît aussi, le all over. C’est ce que j’étudierai dans mon billet d’aujourd’hui.
La délimitation de l’espace pictural
Après avoir relativisé le terme de all over, William Rubin aborde la question d’une absence de limites. Sans doute
« [L]a trame de peinture déversée, contrairement à une texture « en continu » s’arrête généralement jusqu’au bord (ou « cadre ») du tableau, fréquemment en se repliant sur elle-même […]. Ce recul devant le cadre constitue pratiquement la norme entre 1948 et 1950 […][1]. »
Dans l’histoire de la peinture, des artistes comme Masaccio au Quattrocento ou Degas au XIXè siècle avaient déjà suggéré combien l’œil pouvait, dans un tableau, sortir vers l’extérieur. Des plans ou des personnages coupés facilitaient l’évasion. Cette question de la résolution des bords du tableau se posera jusqu’au cubisme et à l’abstraction avec notamment Mondrian.
Il est incontestable que Jackson Pollock participe à ce mouvement de débordement virtuel des cadres du tableau, ainsi que l’attestent ses toiles d’uniformisation quasi intégrale comme Full Fathom Five, Alchemy ou encore Lucifer de 1947.
Cependant, de façon alternative, cette manière de faire disparaît parfois comme dans Number 1, 1948. Les bords mêmes du tableau y sont évités, la peinture restant comme en-deçà du cadre alentour.
Jackson Pollock, Number 1 (1948)
Après la défocalisation des points de tension et la délimitation de l’espace pictural dans les drippings de Pollock , nous examinerons dans mon prochain billet combien l’apport de Monet fut décisif dans l’avènement de la couleur-lumière chez Jackson Pollock !
[1] William Rubin, « Myths and Paintings », and “Jackson Pollock and the Modern Tradition”, Part III: 5 “Cubism and the later evolution of the all over Style”, Los Angeles, Artforum, avril 1957, p. 21.



