La figuration exposée

14 avril 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Bonjour, je vous livre aujourd’hui le deuxième volet consacrée à la figuration en filigrane dans l’œuvre de Jackson Pollock. A la figuration « voilée » répondra en écho ce que j’ai appelée la figuration exposée.

Matisse, Nadia au sourire enjoué, aquatinte (1948), MNAM

La figuration exposée

Quelle que soit la portée des débats, Jackson Pollock revint en tout état de cause à la figuration en 1951. Cette date correspond à la série de dessins noirs sur toile écrue « les Black Pourings » et à la mise en parallèle de la couleur.

A cet égard, Eric de Chassey insiste sur la dette de Pollock à l’égard de Matisse qui se ferait davantage sentir avec la fusion ligne couleur réalisée dans le trait au pinceau. Les dessins sur papier (cf l’aquatinte reproduite en chapeau) ou sur céramique de Matisse ne délimitent plus, ni n’enserrent les formes. A cet égard, Matisse s’exprimera de façon éloquente :

« J’insiste sur la qualité spéciale du dessin au fuseau [ou par coulure] qui par un moyen réduit contient toutes les qualités d’un tableau ou d’une peinture murale. Le blanc [ou l’écru] – ses surfaces prennent leur qualité par le noir. […] Les dessins au pinceau en noir contiennent en réduit les mêmes éléments qu’un tableau en couleur, c’est-à-dire la différenciation de la qualité des surfaces dans une unité de lumière. [1]»

Dans Echo : Number 25, 1951, Pollock adapte à sa manière la même valeur de noir laqué très liquide qui imprègne le support brut renvoyant la lumière. De la même façon, il décrit sans gradation de valeur, avec le même noir laqué, l’ombre et le plein, l’intérieur et l’extérieur, en jouant lui-même sur la différenciation de la qualité des surfaces. Comme Matisse, il expose l’imagerie en la laissant transparaître virtuellement en couleur.

Jackson Pollock, Echo: Number 25 (1951) MoMa

Selon Bernice Rose, Pollock transposerait, « par une invention transposée au dessin », le noir de lumière matissien à « l’espace vierge de la feuille […] utilisé comme un équivalent pour la lumière », car, « pour Pollock, l’espace équivaut lumière.[2] »

Ainsi des premières œuvres figuratives aux dernières œuvres non moins figuratives de Pollock en passant par ses classiques drippings, la lumière ne cesse d’être présente sous des modes différents, conférant à ses tableaux une « aura » toute apollinienne. Tout se passe comme si la couleur lumière qui s’en échappe était là pour faire briller un sens à peine perceptible. La sémantique implicite sera  donc au cœur de mes prochains billets.


[1] Henri Matisse, 1949, repris in I. Monod Fontaine Œuvres de Matisse, in Eric de Chassey, La violence décorative dans l’art américain, J. Chambon Nïmes, 1998, p. 178. C’est moi qui souligne.

[2] Bernice Rose in Jackson Pollock, cat. Exposition Paris Musée d’art moderne de la ville de Paris, 1979, p. 22.

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