La peinture industrielle : de la vieille Europe au Nouveau Monde

16 février 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

acrylique (touche d'aquarelliste)

Bonjour,  je lance un coup d’envoi pour une série de billets se rapportant aux modes d’expression de la couleur dans l’œuvre de Jackson Pollock. Dans son entreprise d’exacerbation de la destruction des modes traditionnels de représentation, une place particulière doit être faite à la couleur , la couleur informe.

Il ne manquera plus que la couleur pour mettre un point final à la représentation inondée dans les pigments au profit exclusif de la sensation et des impétueuses pulsions.

Ces deux prochains billets un peu techniques se rangeront dans ma rubrique Les énigmes de l’amateur éclairé.


acrylique (texture)

LES MODES D’EXPRESSION DE LA COULEUR

Avant même la période classique des drippings, de nouveaux modes d’expression de la couleur apparurent sur la scène new-yorkaise. De tels modes répondirent aux attentes picturales de Jackson Pollock.

Non sans nuances, Lee Krasner évoquera l’intérêt de l’artiste pour la technique :

« […], à mon avis, il avait beaucoup lu sur la technique ; sa bibliothèque contenait de nombreux ouvrages sur le sujet. J’ai d’ailleurs conservé tous ses livres à Springs. Il était très bien informé des aspects techniques de la peinture. Mais il disait aussi qu’il ne fallait pas trop s’y attarder : certaines règles de base à bien connaître et à oublier : c’est tout.[1] »

La peinture industrielle

De la vieille Europe au Nouveau Monde

En Europe, la peinture à l’huile, utilisée dès le XVè siècle par les peintres primitifs flamands prit le relais des peintures a tempera avec l’usage du support nouveau que fût la toile tendue sur châssis. Avec la technique apparurent également la mise en perspective et le modelage des ombres. La possibilité de lier des pigments avec un liant (généralement une huile siccative) en fut l’apport essentiel.

Outre une meilleure siccativité, les avantages de la peinture à l’huile consistèrent aussi dans une translucidité jusqu’à la transparence, une fusion des tons entre deux zones colorées adjacentes (cf mon billet sur La querelle du coloriste).

Avec ses qualités, la peinture à l’huile ne convenait toutefois pas vraiment au tempérament de Pollock en quête d’une plus grande fluidité ainsi que d’une rapidité dans l’exécution et le temps de séchage.

Aussi tira-t-il parti des nouvelles vertus des peintures industrielles apparues au début du XXè siècle à base de résines synthétiques vinyliques et acryliques.

acrylique (effet peinture à l'huile)

L’acrylique est une invention américaine, fruit d’une collaboration scientifique et artistique. Comme la peinture à l’huile, elle estcomposée d’un mélange de pigments et d’un liant. Dans l’acrylique, le liant est une résine synthétique facile à manipuler et résistante émulsionnée avec de l’eau. Cette peinture fut mise au point aux Etats-Unis dans les années vingt par la firme Rohm et Haas et fut le point de départ des polymères destinées aux peintures en bâtiment.

La mise au point de l’acrylique coïncida avec la préoccupation du groupe de muralistes mexicains Siqueiros, Orozco et Rivera soucieux de la mauvaise résistance aux intempéries des peintures à l’huile et à fresque. Au milieu des années trente, la solution de leurs problèmes fut donc trouvée dans le développement des résines synthétiques, l’atelier de Siqueiros mettant à l’épreuve les nouvelles formules de peinture.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la firme américaine Permanent Pigment parvint à réaliser une peinture acrylique d’un meilleur usage en art. Alors que les peintures acryliques étaient déjà disponibles sur le marché américain, elles ne le seront que dans le courant des années soixante en Europe. Nombreux sont encore les artistes contemporains qui l’utilisent pour sa grande facilité d’utilisation conjuguée à la production d’effets multiples.

J’aborderai demain Les qualités spécifiques de la couleur chez Pollock et ses suiveurs, les peintres du Hard Edge.


[1] « Entretien 2 » par Barbara Rose in Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Macula, Paris, 1978. Sans indication de page

Related Posts with Thumbnails
Publicité

Les commentaires sont fermés.