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J’espère que vous me suivez toujours dans ma volonté de montrer à quelle point l’œuvre de Jackson Pollock a été novatrice dans son passage à l’abstraction. J’ai bien conscience que ces lignes peuvent parfois vous paraître abscons. Surtout n’hésitez pas à me faire part de vos remarques !
Jackson Pollock a contribué à sorte d’exacerbation de la destruction de la peinture traditionnelle par ce que j’ai nommé la couleur informe.
Après l’abolition de toute distanciation entre le sujet et le spectateur, je vous présente aujourd’hui le volet consacré aux rapports entre le spectateur et la toile.
L’abolition de toute distanciation entre le spectateur et la toile
- La rupture avec la conception du tableau « fenêtre sur le monde »
L’abolition d’une distanciation absolue entre le sujet et la peinture emportera celle du spectateur face à la toile. L’appréhension visuelle ne s’effectuera plus dans le recul sur le mode d’une reconstruction intellectuelle mais sous la forme d’une expérience de plus en plus passive et absorbante au fil des toiles.
La distanciation entre le spectateur et la toile trouvait sa source dans la conception traditionnelle du tableau « fenêtre sur le monde ». Le postulat fondamental de la Renaissance reposait sur l’idée que le tableau était une fenêtre qui ouvrait sur un monde perçu en trois dimensions. L’illusion était parfaite, mais ne trompait personne.
La double différenciation tableau/fenêtre, plan du tableau/espace perspectif entraîna chez le spectateur une mise à distance entre l’espace pictural de l’œuvre et son champ visuel. Elle accentuait également le rapport traditionnel forme/ fond. Ce dernier connut son premier bouleversement avec Marcel Duchamp dans La mariée mise à nu par les célibataires, même ou Le grand verre de 1915-23, au plan du tableau transparent et à l’image en métal enchâssée dans la surface.
Marcel Duchamp, La mariée mise à nu par les célibataires, même ou Le grand verre de 1915-23
Un second bouleversement sera franchi par les surréalistes qui projetteront sur le plan du tableau leur vie intérieure et leurs affects.
En déchaînant son propre inconscient sur la surface du tableau, Jackson Pollock prolongera son mouvement lorsqu’il rencontrera en 1940 Hans Hoffmann, artiste émigré allemand qui enseignera, après T.H. Benton, à la Arts Students League of New York et fondera en 1933 la Hans Hofmann School of Arts. Lee Krasner, épouse de Jackson Pollock fut l’une de ses élèves.
Celle-ci provoquera la rencontre de H. Hofmann et de Pollock :
« J’avais décidé Hofmann à rencontrer Pollock et Hofmann a dit après avoir regardé son travail : « Vous ne travaillez pas d’après la nature ». A quoi Pollock a répondu : « Je suis la nature .»
En proclamant qu’il était la nature, Jackson Pollock n’entendait pas celle-ci de façon traditionnelle comme quelque chose d’extérieur à soi, à l’image d’un artiste qui travaillerait sur un motif d’après un paysage ou une nature morte.
Lee Krasner commentera la réponse de Pollock en mettant en exergue le concept d’unité entre le monde intérieur et le monde extérieur entendus sur un pied d’égalité. Loin que ces deux mondes finissent séparés, la continuité entre les deux était revendiquée :
« [c’est Lee Krasner qui parle] Je pense que cette définition énonce une différence importante entre la peinture française et ce qui a suivi. Elle détruit une fois pour toutes cette idée, encore présente dans la peinture du cubisme, que l’on n’a qu’à observer la nature autour de soi. Elle préfère revendiquer une unité [Oneness]. »
Jusqu’en 1946, il convient de nuancer le propos notamment quand on examine des toiles de la série Sounds of the Grass où l’observation de la nature relève encore davantage de la mimesis que d’une identification. Le mimesis disparaîtra presque complètement jusqu’en 1951, année du retour de sa dernière période figurative (cf mon billet sur The deep).
Pollock, Eyes in the Heat, 1946.
Huile et émail sur toile
137.2 x 109.2 cm
The Solomon R. Guggenheim Foundation, Peggy Guggenheim Collection, Venice 76.2553.149. © 2009 The Pollock-Krasner Foundation/Artists Rights Society (ARS), New York
Le rejet d’une abstraction d’après nature ou d’après motif en opposition à l’abstraction « à la française » sera la marque des expressionnistes abstraits comme Rothko, Clyfford Still ou encore Hans Hofmann.
Ce dernier percevra avec empathie le rôle de l’intuition comme fondement du processus créatif de Pollock et des autres expressionnistes abstraits :
« C’est la faculté intuitive de sentir les qualités des rapports formels et spatiales, ou des tensions, et de découvrir les qualités plastiques et psychologiques de la forme comme de la couleur. »
La mise en œuvre de cette intuition transformera le regard même du spectateur. Ce sera l’objet de mon billet de demain !
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Votre article est bien rédigé, les mots restent cependant seuls et sans ponctuations, lorsque vos yeux se retrouvent pour la toute première fois en face à face avec une œuvre de J.Pollock . C’est juste impressionnant !
Bonjour, je suis heureuse d’avoir le point d’un artiste. Nous partageons le même goût pour l’action painting et les happenings. Quel chance avez-vous de pouvoir vous exprimer par la création ! Bravo ! Oui, les mots sont parfois impuissants pour décrire le sentiment d’irradiation qui se dégage des oeuvres de Pollock ! Bonne journée !