Le jeu des couleurs

23 mars 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

A coté de la leçon de Monet, la surface vibrante pollockienne participera à l’avènement de la couleur-lumière.

La surface vibrante de lumière rendue par Pollock résulte du jeu des couleurs, des contrastes et du mélange optique. Le billet d’aujourd’hui traitera du jeu des couleurs.

Jackson Pollock, Painting : Silver over Black, White, Yellow and Red (MNAM, Paris)

Le jeu des couleurs

Comme dans la musique atonale de l’époque, il n’existe pas chez Jackson Pollock de dissonances a priori entre les couleurs.

Jackson Pollock s’est nourri des théories de Kandinsky et de Matisse sur la couleur. La manière de disperser celle-ci sur le plan de la toile le rattache aux compositions de Kandinsky.  Le peintre américain ne radicalisera pas moins la vision de Matisse qui n’hésitait pas à qualifier dès 1908 sa peinture de décorative. Le souci de l’artiste de « chercher la lumière à travers l’opposition des couleurs [1]» et de « modifie[r] la surface à couvrir » pour que la composition « acqu[iert] une force d’expansion qui vivifie les choses qui l’entourent [2]» l’inspirera incontestablement. A l’instar des théories de Chevreul, Pollock comprit très vite que les couleurs juxtaposées s’exaltaient entre elles. Une de ses premières toiles, The Moon Woman Cuts the Circle de 1943 le montre déjà fort bien. Ses couleurs pures (bleu, rouge, jaune) posées en aplat lui confère une luminosité d’autant plus intense que celles-ci sont brillantes en raison de l’emploi de la peinture à l’huile. Une telle sensation s’expliquerait, selon Johannes Itten, par la juxtaposition de couleurs pure, « chacune des deux couleurs cher[chant) à repousser l’autre vers sa complémentaire […] et semblent rayonner vers de nouveaux effets. [3]»

Jackson Pollock, The Moon Woman Cuts the Circle (1943) MNAM Paris

Dans ses drippings, la luminosité est produite autrement, de par le caractère naturellement satiné de la peinture vinylique (peinture laquée du commerce à base de nitrocellulose) comprenant l’usage du duco noir et de la peinture aluminium. En sus de sa qualité réflexive de lumière, la peinture aluminium ajouterait, selon Robert Goodnough, un effet quasi symbolique :

« De temps à autre, il ajoutait de la peinture à l’aluminium qui tendait à maintenir les autres couleurs sur le même plan que la toile (Pollock utilise la peinture métallique à la manière des peintres d’autrefois, qui appliquait la feuille d’or pour conférer à l’œuvre un caractère mystérieux et enjolivé, de telle sorte qu’elle ne semble pas appartenir au monde des choses ordinaires. Il trouve qu’à cet égard l’aluminium est plus efficace que le gris dont il se servait auparavant.[4] »

L’éventail de la palette de Pollock est homogène et restreint. A coté des couleurs pures, l’artiste utilise des couleurs binaires plutôt vives (vert et orange par exemple), qui sont posées « sur le frais » et non pas par mélange de deux primaires sur la palette ou la toile. Lee Krasner évoque « une gamme de couleurs assez vaste. […] Il avait le choix dans la gamme commerciale. Il n’a jamais utilisé toutes les possibilités existantes. Il choisissait. [5]»

Dans Painting : Silver over Black, White, Yellow and Red de 1948 (reproduit en chapeau), certains “mélanges” de couleur sont aussi obtenus par l’apport ponctuel et supplémentaire d’eau sur des couleurs déjà superposées blanche et noire. L’effet de dilution s’apparente alors à un halo. Une telle technique évoque celle de l’aquarelle qui permet aux couleurs de s’épandre comme un  lavis. Un effet de transparence est également induit. La couleur aluminium remplace le gris. Cette couleur équilibrée et perçue par l’œil de façon très harmonieuse était déjà utilisée par Pollock dans les peintures de sa phase figurative. Apposée lors de la dernière couche dans les drippings, elle maintient les couleurs sur le même plan, contrairement au noir, qui augmente la luminosité des couleurs pour les rendre plus claires, et au blanc qui les affaiblit.

Loin d’aller à la va vite, Pollock composera ses couleurs grâce une connaissance intime de leurs pouvoirs colorants tout en prenant en compte leur temps de séchage assez bref dans la peinture acrylique. Un tel jeu de couleurs contribue à la perception optique des couleurs chez Pollock.

Une telle perception sera enrichie par les contrastes de teintes et de tons. Ce sera de mon prochain billet !


[1] Cité in « Drawing into Painting » in Jackson Pollock, cat. Exposition Paris Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 1979, p.23.

[2] in The art of Henri Matisse, ouvrage possédé par les Pollock repris de Eric de Chassey, La violence décorative de Matisse dans l’art américain, J. Chambon Nîmes, 1998, p. 172.

[3] Johannes Itten, L’art de la couleur, Edition abrégée, Dessain et Tolra, 1986, p. 52.

[4] Robert Goodnough, op. cit., in Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Macula, Paris, 1978. Sans indication de page.

[5] “ Entretien 2” Barbara Rose op. cit. in Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Paris, Macula. 1978. Sans indication de page.

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