Le mélange optique

29 mars 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Le jeu combiné des couleurs et des contrastes produira un mélange optique dans ce que j’ai appelé la surface vibrante pollockienne. Ce sera l’objet de mon billet d’aujourd’hui.

Jackson Pollock, Convergence : Number 10, 1952

Jackson Pollock, Convergence: Number 10, 1952

Le mélange optique

Un tel mélange est obtenu par la juxtaposition et/ ou la superposition des couleurs.

Dans Convergence : Number 10, 1952 (reproduit en chapeau),  on est frappé par la coexistence de couleur de même intensité lumineuse (le jaune e l’orange) différant toutefois sur le plan de la saturation. Pour parler comme Bernice Rose, cette coexistence, « ce qui est distribué de façon discontinue mais uniforme sur la toile », induit dans la recomposition optique du spectateur une perception de « la couleur comme couleur et comme ton[1]. » Un effet de miroitement en résulte ainsi qu’une ambiguïté, l’œil flottant entre deux sortes de sensations visuelles. Mais cette fluctuation est tempérée par la matérialité de la couche peinte.

Johannes Itten définissait le mélange optique à partir des seules petites taches colorées. Son analyse est parfaite, mais le mélange qu’il décrivait ne vise en fait que l’effet optique réalisé par les peintres impressionnistes[2]. Chez Jackson Pollock, il n’y a pas qu’une juxtaposition de taches colorées. Il y a des contrastes, ainsi que des « des éclaboussures all over » et des « intersections de lignes pollockiennes », pour reprendre les termes de William Rubin[3]. Tout cet ensemble produit un mélange extraordinairement dynamique, proche de la pulsation optique, alimenté de surcroît par la tension entre ce qui est local et tactile perçu comme tel par un effet de zoom, et ce qui est global au niveau duquel l’œil reprend le contrôle à la main jusqu’alors dominée par le geste.

Tout est contraste. Tout s’estompe à la fois dans un effet de miroitement général de la surface. Voilà le paradoxe : la cacophonie apparente de la couleur fait place à un sentiment d’harmonie. Ce sera l’objet de mon prochain billet !


[1] Bernice Rose « Drawing into Painting » in Jackson Pollock, cat. Exposition Paris Musée d’art moderne de la ville de Paris, 1979, p.22. Pour la bonne compréhension des propos de l’auteur, il vaut de rappeler que le ton est « le degré de clarté et d’intensité des teintes » (Petit Larousse, Paris, 2002, p. 1015.)

[2] « Il existe d’autre part la méthode des mélanges optiques. Elle consiste à placer côte à côte des petites touches de couleur pure et à regarder d’une certaine distance les surfaces formées d’une multitude de points colorés. L’œil réalise le mélange des points colorés et le résultat se présente sous la présence d’une impression colorée uniforme. L’avantage de ce mélange fondé sur la division des taches, est que les tons de couleur résultent d’une vibration à l’état pur. » in Johannes Itten, l’Art de la couleur, Edition abrégée, Dessain et Tolra, Paris, 1986, p. 65. C’est moi qui souligne.

[3] William Rubin in « Myths and Paintings » et “Jackson Pollock and the Modern Tradition”, Part II: 3 “Impressionnism and the Classic Pollock”; 4 “Color and Scale; affinities with the late Monet”, Artforum, vol. 5, Los Angeles, mars 1967, op. cit. P. 28.

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