Le message global

19 avril 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Bonjour, j’espère avoir réussi à vous montrer combien le sentiment d’harmonie qui s’exhale à la lumière des drippings de Pollock. Conforté, il naîtra également avec le retour à la figuration et à la sémantique. Nous avons vu que la sémantique implicite relève de la signification des couleur. Peut-être comporte-t-il aussi un sens plus général et un message global. Pour la cohérence de mon propos, je vous livre aujourd’hui ces quelques lignes déjà exposées dans un précédent billet.

Jackson Pollock, Number 1, 1948 (1948), MoMA

Le message global

Ce message est probablement moins celui d’une intention que d’une impression d’ensemble, celle d’une formidable énergie engageant le corps entier à l’image des empreintes digitales dans Number I : 1948 (reproduit en chapeau) et Lavender Mist de 1950.  Croyez-moi sur parole si celui ne vous apparaît pas de façon évidente en regardant une simple reproduction !

La peinture de Jackson Pollock éclate de vitalité et fait contraste avec la vie de l’artiste davantage vouée à l’autodestruction, la répétition et le néant.

The Deep de 1953 annonce en quelque sorte cette déchirure symbolique avec une inquiétante béance noire qui s’inscrit comme « un espace du dedans » dans une masse blanche. Sur une surface non apprêtée, Pollock commença par recouvrir d’une couche de peinture grise les esquisses de Ritual[1] qu’il peignit la même année. Puis, il peignit la toile au pinceau et y déversa une couche d’émail noir sur la toile posée verticalement, s’aidant, dit-on, d’une seringue. Retournant maintenant le châssis, il appliqua alors des pigments blancs avec une telle vigueur que certains poils collés sont encore visibles. Effectuant enfin une nouvelle rotation à l’horizontal, il déversa de la couleur à l’huile blanche et liquide qui traversa par entrelacs la fracture noire. Le jaune superposé par petites couches au blanc et jouxtant par moments le noir y crée une indécision optique autant qu’une pulsation. Le gris transparaît ponctuellement, tempérant par nature deux couleurs franches. Malgré leur infime proportion, les petites taches colorées rouges disséminées rayonnent sur un fond noir.

Jackson Pollock, The Deep, MMAM (Paris)

L’œuvre est ambiguë, mais aussi exceptionnelle par sa luminosité. The Deep retrouve, de façon multipliée, l’irradiation naissante d’un de ses premiers tableaux, non moins touchant : The Moon Woman Cuts the Circle de 1943. Avec The deep, la vibration optique donne également l’impression d’une totale dissolution de la matière en énergie.

Jackson Pollock, The Moon Woman Cuts the Circle, MNAM (Paris)

L’ambigueté finale est la touche des grands artistes. En dépit des critiques négatives qui se multiplièrent dans sa dernière période, un tableau comme The deep montre combien toute tentative de réduire le sens est vaine. A l’image de sa gestuelle nouvelle et imprévisible, force est de constater que devant l’œuvre de Jackson Pollock, on reste médusé.


[1] « Jackson Pollock : Response as Dialogue » in Jackson Pollock New Approaches in cat. Expossition New York Museum of Modern Art, 1999 p. 150.

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