Le sentiment de l’harmonie

30 mars 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Au sentiment de l’infini répondra en écho le sentiment de l’harmonie. Conforté, il naît également avec le retour à la figuration et à la sémantique. Je traiterai dans ces deux prochains billets du retour à une forme d’équilibre et de perspective par une diversité de moyens sans pareil.

Jackson Pollock, Enchanted Forest

Le retour à une forme d’équilibre et de perspective

Devant un tableau de Jackson Pollock, le spectateur a le sentiment que quelque chose d’unique s’est réalisé grâce au concours d’une diversité de moyens sans pareil. Ce qui se dégage au final, c’est une unité de la toile qui s’est stabilisée pour permettre à l’œil, apaisé, de la contempler.

Une diversité de moyens sans pareil

L’étendue des techniques employées par Pollock révèle un artiste en constante recherche de ce qu’il désirait exprimer picturalement. Synthèse des expérimentations précédentes, chaque nouveau tableau était unique en son genre  et constituait en même temps une étape vers de nouvelles inspirations. Peter Busa[1] explique que Pollock avait une vision très articulée de ses besoins. Il employait une très grande économie de couleurs pour parvenir au lyrisme déployé dans ses toiles. Pollock justifie lui-même la technique qu’il employait « […] A mon avis, la méthode s’élabore naturellement à partir d’un besoin [2][…]. » Pollock utilisa la technique comme catalyseur en explorant les limites de chacune développée de façon de plus en plus complexe.

Jackson Pollock, Autumn Rythm Number 30

Pollock passait d’une technique à une autre à tout moment. En 1944, la gravure au burin, pratiquée sous la conduite de Stanley William Hayter, lui permit d’abord de prendre conscience de la force expressive de la ligne. En matière de couche picturale, Alfonso Ossono[3] relate la manière et la maîtrise avec laquelle Pollock effectua un repeint sur une partie de Number 5, 1948. D’une dégoulinure première ayant laissé un effet de salissure, il enrichit quelques semaines plus tard le concept originel par un jeu nouveau d’entrelacs colorés. Dans Autumn Rythm : Number 30, 1950, son emploi iconoclaste de matériaux était également frappant avec les croûtes, « les frisages » au-dessus des couches sous-jacentes qui ne sont pas sans rappeler « les craquelures » de certaines de ses premières huiles sur toile.

Pour ce qui est des supports, ceux-ci pouvaient être enduits ou simples. Pollock utilisa divers matériaux : soit le papier marouflé sur toile comme dans Number 26 A Black and White, soit une toile de coton grossière, soit un panneau fibreux. Pour ce dernier, l’emploi à la fois de l’avers et du revers, du coté lisse et de l’aspect fibreux, n’est pas vraiment surprenant. Qu’on se rappelle sa déclaration de 1947 dans laquelle il avouait avoir « besoin de la résistance d’une surface dure. [4]» Outre ses qualités de résistance et de disponibilité commerciale, le panneau fibreux présentait un fond brun. Pollock exploita ce fond brun qui transparaît à dessein dans certaines de ses œuvres comme pour adoucir ou jouer sur les couleurs des couches picturales apposées par lui.

Jackson Pollock, Number 26 A Black and White

Enchanted Forest de 1947 (reproduit en chapeau)  illustre à merveille cette expérimentation de Pollock interagissant avec le fond. Pollock appliqua d’abord la couleur imprégnant la toile non apprêtée sur le revers puis la retourna. Il mesura alors le degré d’expansion de la couleur sur l’avers et débuta ainsi sa composition.

Dans mon prochain billet, je poursuivrai et terminerai cette analyse des expérimentations techniques de Jackson Pollock.


[1] « Jackson Pollock New Approaches », in Jackson Pollock: Response as Dialogue, cat. Exposition New York Museum of Modern Art, 1999, p.177. C’est moi qui souligne.

[2] Déclaration « My painting » Possibilities op. Cit. In Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Paris, Macula, 1978. Sans indication de page.

[3] Jackson Pollock New Approaches, op. Cit. P. 120.

[4] Déclaration « My painting » Possibilities op. Cit. In Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Paris, Macula, 1978. Sans indication de page.

Related Posts with Thumbnails
Publicité

Laisser un commentaire

*