L’effet optique chez Monet et Jackson Pollock

22 mars 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Bonjour, j’examinerai aujourd’hui plus spécifiquement l’effet optique à la lumière de l’œuvre conjointe de Monet et de Jackson Pollock.

L’effet optique

« Les fragments sous forme de petites taches »(cf mon billet précédent) dont parle William Rubin à propos de Monet et de Pollock ne relèvent pas de la « forme colorée » chez Pollock. Ce sont plutôt de petites taches colorées informes rendues davantage telles par le geste pollockien :

« Personne n’a encore remarqué l’importance des innovations impressionnistes pour ses tableaux classiques all over. La matérialité insistante des œuvres de Pollock qui finissent néanmoins par produire un scintillement essentiellement optique (à cet égard le titre de Schimmering substance – « surface chatoyante » – une œuvre de transition, est très révélateur, la désagrégation des formes en une myriade de petites sensations (par l’entrecroisement des diverses lignes colorées et la distribution relativement régulière de ces sensations pigmentaires sur toute la surface de la toile sont des caractéristiques communes aux peintures les plus radicalement impressionnistes. En outre, Pollock s’est efforcé, à l’instar des impressionnistes, de fragmenter et de disperser les sensations colorées de telle sorte qu’elles ne constituent pas une forme colorée. Quand les impressionnistes étaient confrontés à une grande forme d’une seule couleur locale (par exemple, le toit dans La grenouillère de Renoir), ils l’atomisaient en juxtaposant des couleurs complémentaires et en captant les reflets des objets voisins.[1] »

Renoir, La grenouillère

William Rubin insiste sur « le scintillement essentiellement optique » des œuvres de Monet et de Pollock. Un tel scintillement rapprocherait les deux peintres, si on met de coté chez Monet la question des ombres colorées posée par Goethe dans son Traité des couleurs de 1810 ainsi que par Chevreul qui rendra également compte de leur harmonie quand elles sont complémentaires du fond. Mais qu’on ne s’y méprenne pas là encore. Nous ne sommes pas, chez Pollock, en face d’une composition faite de petits éléments colorés de forme plus ou moins régulière. Il y a bien fragmentation et émiettement, mais il s’agit tout au plus de taches et de points colorés.

Comme dans Les nymphéas de Monet avec son « clair obscur » et ses modulations de tons chauds et froids, la recomposition optique des couleurs tonales chez Pollock engendre dans l’œil du spectateur une impression colorée « miroitante » et « scintillante » effleurant la surface de la toile.

Mon prochain billet portera sur « la surface vibrante pollockienne ».


[1] William Rubin, « Impressionnism and the Classic Pollock », op. Cit. in Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Macula, Paris; 1978. Sans indication de page. Cest moi qui souligne.

Related Posts with Thumbnails
Publicité

Laisser un commentaire

*