L’ennemi à abattre

2 février 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Bonjour, voici le second volet de cette ode à la couleur . J’entends vous expliquer dans quelle mesure Pollock a bouleversé tout autant le champ de la figuration traditionnelle que celle de l’abstraction géométrique nouvelle associées à la pratique séculaire de la peinture de chevalet en occident.

Cette destruction radicale du rapport fond/forme était en germe dans les œuvres de Jackson Pollock se rapportant à sa première manière. En dépit de son aspect figuratif, cette période initiale révèle déjà un bouleversement des frontières par un emploi particulier de la couleur. Celle-ci commencera alors à vivre une vie propre indépendamment des cadres habituels qui l’enserrent comme la forme.

L’ennemi à abattre : la figuration traditionnelle

Il existe une glose considérable et controversée portant sur les influences ayant marqué le style et la méthode de Jackson Pollock durant cette période de recherches et d’ancrages laissant présager un bouleversement aussi radical que violent.

L’interprétation du critique William Rubin paraît la plus vraisemblable. Selon lui, l’artiste aurait puisé dans des sources aussi diverses que l’impressionnisme, le cubisme et le surréalisme. A l’instar du Picasso des années trente, Jackson Pollock n’hésitera pas à malmener la figuration traditionnelle ainsi que l’atteste Male and female (vers 1942). Cette œuvre est très proche sur le plan formel du Baiser peint par Picasso en 1925.

Pollock, male and female (vers 1942)


Picasso, Le baiser (1925)

Matisse participera également de cette déformation, mais c’est sur le plan chromatique que Pollock tirera son inspiration de la période fauve de l’artiste, à voir son Water Bull (vers 1946).

Pollock, Water bull (vers 1946)

La violence des couleurs arbitraires, posées en aplat (ou parfois mélangées) y est avivée par un contraste de couleurs primaires et pures, jaune et rouge. L’exaltation et l’intensité qui en ressortent évoquent celles créées par le peintre français. Non sans à propos, le critique Louis Vauxelles baptisera le groupe mené par Henri Matisse de « Donatello parmi les fauves » lors du salon d’automne de 1905 à Paris. L’auteur fustige « la sauvagerie des couleurs » et « la laideur hurlante des formes »[1] perçues comme une provocation.

Rompant avec la peinture imitative et fascinés par la couleur en tant que pouvoir de génération lumineuse, ce sont ces artistes qui affirmeront, avant le pas vers l’abstraction, l’autonomie expressive et explosive de la couleur en tant que telle.


[1] Claudine Grammond, Pascal Rousseau, l’ABCdaire du fauvisme, Flammarion, 1999, p.10

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2 commentaires

  1. Guide Gratuit dit :

    Quel Bonheur! J’ai passe un tres bon moment et une chouette lecture sur votre site internet. au plaisir de relire. ++

  2. Artysplash dit :

    Mille mercis pour vos encouragements ! C’est que, parfois, je doute de la pertinence de mes billets. Je suis heureuse de vous avoir fait passer un moment agréable et ludique. A bientôt !

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