« L’homme qui marche I » d’Alberto Giacometti, adjugé vendu !!

15 février 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Parle t-on bien de « L’homme qui marche I » d’Alberto Giacometti ou de l’homme qui saute [1]?

Bonjour, retour aujourd’hui vers les salles des ventes avec une enchère qualifiée d’historique « L’homme qui marche I » d’ Alberto Giacometti. Le prix d’adjudication de l’œuvre a stupéfait nombre de commentateurs, observateurs et collectionneurs du marché de l’art. C’est que la période de crise et les perspectives d’avenir peu reluisantes assombrissaient encore les pronostics  les plus optimistes jusqu’aux records mondiaux enregistrés très récemment par les auctioners londoniens.

L'homme qui marche sur un billet de 100 francs suisses en 1998

Au dernier coup de marteau, l’œuvre a été adjugée 58 millions de Livres sterling soit 65 millions frais acheteur et vendeur confondus. A l’étonnement de tous, l’œuvre a plus que triplé l’estimation haute portée à 18 millions de Livres redorant le blason des ventes modernes et impressionnistes et dépassant même « le garçon à la pipe » de Picasso adjugé en 2004 51, 8 millions de livres toujours par Sotheby’s.

Au regard des qualités intrinsèques de l’œuvre, rares ont donc été les professionnels capables d’anticiper son prix marteau d’autant que le bronze présenté au catalogue n’était pas une œuvre unique de Giacometti. Il appartient à la série des « hommes et femmes qui marchent » lancée en 1949 par l’artiste après sa période surréaliste. A la recherche de la « vraie réalité » (rappelez-vous mon billet sur De Chirico et sa période métaphysique c’est-à-dire le monde au-delà des apparences !), Giacometti dépouillera à l’extrême ses œuvres tout autant plastiques que picturales. L’homme qui marche I illustre à merveille cette sensibilité d’écorché vif. Cette figure filiforme s’inscrit parfaitement dans l’obsession qu’avait l’artiste de maîtriser l’espace qui lui semblait illimité et effrayant ainsi que dans son sentiment d’oppression face à l’étrangeté des hommes.

Alberto Giacometti, L'homme qui marche I

Si « L’homme qui marche I » demeure emblématique du substrat créatif de l’artiste, on peut tout de même s’interroger sur le montant déboursé pour cette enchère historique.

D’après les énonciations du catalogue de vente, l’œuvre est numérotée 2/6. Cela signifie qu’elle appartient à une série de six bronzes coulés par Giacometti sans même composer les quatre épreuves d’artistes connues à ce jour dans le monde.

Trois de ses moules sont actuellement exposés dans de prestigieux musées nord-américains tels que le Carnegie Institute Museum of Art de Pittsburgh et la Allbright-Knox Art Gallery à Buffalo (New York). L’Europe n’est pas en reste avec la fondation Maeght à Saint Paul de Vence.

L’œuvre se rattache également à une autre version de « L’homme qui marche II » également sur les cimaises des plus grands musées internationaux. Une des clés d’explication pourrait résider dans ce rôle de premier plan apporté par les institutions muséales. Ce sont elles qui ont donné au bronze une telle aura, attirant la convoitise des collectionneurs publics et privés du monde entier… à telle enseigne qu’il est devenu le must-have du moment !

Dans la valeur « bankable » de l’œuvre, s’y est ajoutée la place tenue par cette sculpture sur la scène artistique new-yorkaise de l’après-guerre. La Big Apple demanda à l’artiste parisien une ébauche de sculptures afin d’orner la Chase Manhattan Plaza. Ce projet resta lettre morte mais il n’en donna pas moins ses lettres de noblesse à « L’homme qui marche I », devenu dès lors une icône de l’art moderne.

Bizarre, pourriez-vous tout de même me rétorquer ? Une simple épreuve  atteint des sommets alors qu’une œuvre unique de Giacometti, un plâtre dénommé « Petit buste sur colonne » estimé entre 1, 8 millions et 2, 5 millions de livres, a été ravalé  faute d’enchères à 1, 5 millions de livres.

Ce n’est pas un des paradoxes les moindres de l’époque davantage sensible aux spéculations quelque peu hasardeuses qu’aux qualités propres des œuvres. L’heure est à l’optimisme. L’argent semble de nouveau couler à flots dans les circuits du marché de l’art. Toujours est-il que les spéculations rendent aujourd’hui plus que jamais périlleuse toute anticipation raisonnable du prix des œuvres proposées. Serait-ce vain d’établir un parallèle entre la réalité du monde du marché de l’art déconnectée du monde réel et celui des traders immergés dans leur cupidité et leur monde virtuel !


[1] Selon l’expression employée par un journaliste dans un article paru dans le Hérald Tribune du 5 février 2010 « Giacometti sold for 65 million »

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