L’unité de la toile et la contemplation

6 avril 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Bonjour, L’unicité de la toile et la contemplation constituera la deuxième composante avec une diversité de moyens sans pareil. Elles participeront au sentiment d’achèvement du tableau qui s’exsude à la lumière des toiles drippées de Jackson Pollock.

L’unité de la toile et la contemplation

Aux dires de Rosalind Krauss et d’Yve Alain Bois,

« l’artiste est censé concevoir l’œuvre comme totalité fermée (de Cézanne à Matisse, Mondrian et Pollock, le modernisme mesure l’accomplissement de l’artiste à sa capacité à fonder une toile en unité et la jouissance esthétique est indexée à cette plénitude formelle[1]»

L’impression de complétude qui se dégage des œuvres de Pollock tient assurément à la quasi-absorption de la ligne dans la couleur. Accordant aux surfaces d’autres valeurs que les lignes, les couleurs acquièrent une dimension et un rayonnement propres. C’est ce que signifie Johannes Itten quand il écrit que « [l]l’harmonie signifie [l’]équilibre, [la] symétrie des forces[2] » de la couleur. En écho, Pollock s’exprimera en des termes peu différents :

« C’est seulement quand je perd le contact avec le tableau que le résultat est chaotique. Autrement, il y a harmonie totale, échange facile et le tableau est réussi.[3] »

De l’automatisme ressortant de ses premières configurations all over au mouvement centrifuge, Pollock tendit constamment à améliorer sa technique au point de la maîtriser quasi parfaitement. Un tel aboutissement démontre de la part de l’artiste une discipline et une concentration peu communes.

Avec une telle commande de son art, l’action painting se commua en contemplation. Par des moyens diamétralement opposés, Pollock rejoint Marc Tobey, cet artiste gestualiste de la cote ouest, surtout influencé par la calligraphie extrême orientale. Dans la philosophie Zen axée sur le non-agir ou plutôt le lâcher-prise, cet art était considéré comme un symbole de l’esprit. Universal Field de 1949 est exemplaire de la peinture épurée de Tobey avec ses mouvements linéaires apparemment désordonnés sur une surface colorée. Selon cet artiste, « la peinture doit venir par les voies de la méditation plutôt que par le canal de l’action.[4] »

Marc Tobey, Universal Field (1949)

Pollock lui-même se référa à l’art oriental. « Je peins sur le sol, et ce n’est pas habituel. Les Orientaux le faisaient. [5]» Il transposa la technique du lavis aux possibilités offertes par la peinture et la couleur, dénotant son goût renouvelé pour le clair-obscur ainsi que celui des contrastes chromatiques.

Selon Johannes Itten,

« Les artistes (le plus souvent des moines) ne méditent pas pour devenir des peintres de lavis, ils peignent au contraire pour s’exercer à la méditation intérieure. [6]»

C’est en éprouvant un sentiment d’harmonie et de complétude que Pollock parvint à un équilibre apollinien induisant un état de contemplation souverain.

Du coté des spectateurs, ses toiles environnement invitèrent également à la méditation. Selon Pollock, celles-ci ne devaient pas exiger un effort du public. L’essentiel était non pas d’analyser, mais de recevoir :

« Chercher, mais regarder passivement – essayer de recevoir ce que le tableau a à offrir et ne pas apporter un sujet [subject matter] ou une idée préconçue de ce que l’on va chercher.[7] »

Mon prochain billet s’articulera autour des problèmes de planéité et de troisième dimension.


[1] Rosalind Krauss et Yve-Alain Bois, L’informe mode d’emploi, Paris, collection Procédures, mai 1996, p. 22.

[2] Johannes Itten, L’art de la couleur, op. cit., p. 22.

[3] Déclaration « My painting » Possibilities op. Cit. In Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Paris, Macula, 1978. Sans indication de page.

[4] Cité par Anna Mozynska, L’art abstrait, Thames and Hudson, Royaume-Uni, 1998, p. 133.

[5] Interview enregistrée par William Wright [été 1951], op. Cit. in Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Paris, Macula, 1978. Sans indication de page.

[6] Johannes Itten, op. cit. p. 40.

[7] Interview enregistrée par William Wright [été 1951], op. Cit. in Hans Namuth, L’atelier de Jackson Pollock, Paris, Macula, 1978. Sans indication de page.

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