Partant de la couleur, je ne résiste pas à la tentation de vous présenter une œuvre emblématique de la production artistique de Matisse. Pour les parisiens, vous pourrez aller la contempler à loisir au Musée National d’art moderne à Beaubourg !
Matisse, La porte-fenêtre à Collioure (1914)
Musée national d’art moderne, Beaubourg
Oeuvre clé, elle cristallise un des moments où Matisse, peintre figuratif, est probablement le plus de l’abstraction.
On y voit une grande plage noire encadrée de droite à gauche par des volets. On les devine ainsi car celui de gauche présente des stries, indices de sa matérialité. Quant au volet de droite, celui-ci est orientée en légère diagonale à l’inverse de La fenêtre bleue de 1913 (MOMA) avec une représentation de la fenêtre strictement frontale. On sait combien le thème de la fenêtre est central chez Matisse, il incarne en quelque sorte la dualité de l’art pour cet artiste.
Matisse, La fenêtre bleue, 1913 (MOMA)
La porte-fenêtre à Collioure comporte un volet de biais à peine perceptible. Cette composition stigmatise à merveille l’oscillation perpétuelle de Matisse entre le monde de la picturalité et celui de la réalité : lorsque l’on est dans le monde de la picturalité, la fenêtre est peinte de façon frontale. Lorsqu’on la perçoit de manière oblique en accord avec la représentation classique de la perspective et des lignes, cela constitue le signe que Matisse se plie aux lois de la réalité.
Dans cette toile, Matisse n’a pas oublié ses aînés. Il a très certainement longtemps regardé Le balcon de Manet.
Manet, Le balcon
Dans la toile de Manet, nous sommes à l’extérieur en train de regarder vers les personnages. Ici, à l’inverse, Matisse représente des persiennes à l’intérieur d’une pièce que l’on repousse traditionnellement dans les pays méditerranéens pour se protéger de la lumière et de la chaleur.
Le noir, absence de couleurs par définition, a une signification très particulière chez Matisse. Lors d’une observation trop longue du soleil, le noir résulterait de l’éblouissement solaire et à sa persistance rétinienne. Pour Matisse, le noir est une couleur. C’est même la couleur de la lumière, le noir de lumière ! Cela évoquera probablement chez vous l’œuvre de Pierre Soulages exposée à Beaubourg jusqu’au 8 mars 2010 avec sa fameuse période dite « de noir lumière » dans laquelle d’étranges reflets lumineux irisent des fonds monochromes noirs. On le voit bien, Matisse en fut le précurseur et initiateur.
Pierre Soulages
Peinture 202 x 327 cm, 17 janvier
1970
Huile sur toile
Collection particulière
Archives Pierre Soulages, Paris
(photo François Walch)
© Adagp, Paris 2009
Cette période de picturalité matissienne eut encore une fortune critique considérable chez les expressionnistes abstraits américains, notamment les peintres du color field c’est-à-dire du champ de la couleur tels que Barnett Newman, Marc Rothko ou encore Ad Reinhardt.



