Rétrospective Arman (22 septembre 2010 – 10 janvier 2011)

29 décembre 2010 par Artysplash Laisser une réponse »

Bonjour, je ne pouvais manquer de vous souhaiter mes meilleurs vœux pour l’année nouvelle sans quelques impressions recueillies lors de la rétrospective Arman au centre Pompidou. Peintre, sculpteur, plasticien, les qualificatifs abondent pour décrire Arman. Figure engagée du Nouveau Réalisme, son travail recèle de nombreuses influences renvoyant aussi bien à Vincent Van Gogh qu’à Jackson Pollock et à ses drippings (cf mes précédents billets). Ce sont ces croisements, ces métissages qui ont suscités ma curiosité pour Arman et son extraordinaire odyssée à travers le monde de l’objet.

Portrait d’Arman, Yves Klein

Arman était excessif, à la boulimie. Cette gourmandise l’a dévoré toute sa vie dans ses rapports aux choses comme aux êtres. L’exposition comprend 120 œuvres clés. Chacune retrace une étape charnière de son œuvre en montrant la façon dont Arman utilise, traite, manipule, déforme l’objet. L’artiste est au centre d’une composition centrifuge d’où partent diverses directions reliées entre elles.  Arman y reviendra toute sa vie.

Home Sweet Home, Arman,1960, Paris, Musée national d’Art moderne

Photo service de presse(c)Centre Pompidou, dist. RMN

Entre 1956 et 1962, Arman met au point sa grammaire plastique avec les allures d’objets et cachets, l’accumulation, la poubelle, les colères et les coupes, la combustion. Des années 1970 aux 2000, il explore à nouveau le même langage artistique en les transformant et adaptant en de subtiles variations. Membre fondateur du Nouveau Réalisme aux cotés d’Yves Klein et de Pierre Restany, Arman développe une œuvre originale autour des objets manufacturés par la société de consommation. En 1960, leur manifeste affiche leur ambition « les nouveaux réalistes ont pris conscience de leur singularité collective. Nouveau Réalisme = nouvelles approches perspectives du réel ». Dans le prolongement du Pop Art, mais en s’inscrivant en réaction contre l’art minimal, ce mouvement fulgurant critique la production de masse. Avec eux, l’objet est désarticulé. Il perd son statut et sa fonction avec l’arrachement des images de l’affichiste Jacques Mahé de la Villeglé, les compressions de César, les emballages de Cristo, les tableaux-piège de Daniel Spoérri, les assemblages sonores de Jean Tinguely…et  les accumulations d’Arman.

Dans l’exposition, l’interprétation de l’objet est l’effet d’un engagement corporel de l’artiste en accord avec son « action painting », sa technique gestuelle développée au contact des arts martiaux (judo et Kung Fu) et ses attaques à coups de hache d’un salon lors d’un happening (« Colère » filmé en 1975 dans une galerie new-yorkaise).  Arman va jusqu’à brûler en public l’objet !

The Day after – feu Louis XV, Arman, 1985

Paris, collection particulière(c)adagp,

Banque d’images, Paris 2010

Ce combat de corps à corps contre l’utilité de l’objet et sa pauvreté conceptuelle s’inscrit dans un mouvement de révolte contemporaine. On sent les influences et filiations nombreuses qui l’ont nourri. L’esthétique des objets de rebut érigés en œuvre d’art remonte aux premiers collages et assemblages cubistes de Picasso.

Guitare, Picasso, 1912

Arman lui-même se réclame du dadaïste Kurt Schwitters et de son « Merz » de 1919, œuvre maison composée d’un amoncellement hétéroclite d’objets quotidiens incluant des poèmes et caractères typographiques.  Au tout début du XXème siècle, Marcel Duchamp marque l’art du XXème et XXIème siècle en proclamant « l’art est mort ! ». Par son choix délibéré, il met encore au rang d’œuvre d’art le ready made, banal objet détourné de son contexte habituel.

Urinoir, Marcel Duchamp, 1917

Par leurs assemblages, les surréalistes donneront à l’objet détourné une dimension esthétique voire tactile.

Déjeuner en fourrure, Meret Oppenheim, 1917

Arman part de l’objet de rebus. Il continue avec l’objet manufacturé retravaillé à la façon du Pop Art, en collaborant avec la régie Renault et l’automobile, objet phare de la société industrielle de masse.

Il effectue également une autre rupture plastique en regardant beaucoup les « combine paintings » de Rauschenberg, mêlant peinture et sculpture. Tout au long de son œuvre, Arman oscille entre les deux techniques pour revenir dans les années 80 à la peinture ou, plus exactement, à la matière picturale. D’abord, l’artiste tire parti des qualités d’inclusion du plastique pour emprisonner et figer la couleur, de sorte que « les couleurs deviennent plus des objets que de la peinture ». Puis, l’artiste épure son geste en assemblant et collant sur la toile des outils de peinture (tubes de peinture, pinceaux et brosses de peintre).

Nuit étoilée, Arman, 1987

Genève, collection fondation

A.R.M.A.N. (C)F. Fernadez

Sa dernière provocation (et irruption) s’achève avec la série des « Shooting Colors ».  Sa démarche créative opère une synthèse avec le geste (brutal), l’objet (chahuté) et la matière chromatique (non moins violentée).

Hello Jackson, Arman, 1990

Nice, collection particulière (c)

Adagp, Banque d’images 2010

Arman prolonge la série de ses Colères. A l’entendre, il perpétue « la logique du geste » et tire « à coups de couleur, sur des objets préparés sur la toile », dans « une frénésie post-pollockienne ». Il abat la frontière entre peinture et sculpture, entre planéité et profondeur, entre deuxième et troisième dimension ! Jusqu’à sa mort, Arman convertit les objets en couleurs, et les couleurs en objets. Les installations de Damien Hirst comme Lullaby Spring (une armoire à pharmacie métallique contenant 6136 pilules faites à la main et peintes une à une) s’en inspirent ouvertement. Cette œuvre a été adjugée par Sotheby’s en 2007 au prix record de 19,2 millions de dollars, soit 14, 34 millions d’euros !

Lullaby Spring, Damien Hirst

Sans valoir autant, les œuvres d’Arman ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Pour un artiste révolutionnaire qui entendait bouleverser le sens des choses, l’argent revient en maître et redonne une valeur marchande aux objets…

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