Un art éternel

29 septembre 2011 par Artysplash Laisser une réponse »

 Bonjour, je dédie ce billet de début d’automne à des œuvres toutes particulières, les peintures et gravures rupestres de la grotte Chauvet. J’ai pu les découvrir grâce au documentaire de Werner Herzog, La grotte des rêves perdus. Selon le cinéaste, la grotte Chauvet évoquerait « les rêves collectifs de la race humaine[1] ». La grotte est fermée au public. Werner Herzog a obtenu l’autorisation d’y pénétrer avec sa caméra. Le film sonde le mystère de la présence humaine au monde avec un guide : le sentiment de beauté.

grotte chauvet, lions

La grotte a été découverte en Ardèche en 1994 par le spéléologue Jean-Marie Chauvet. L’accès en fut interdit de façon naturelle. Un effondrement en boucha l’entrée il y a 20 000 ans.

L’œil de la caméra pénètre par un passage étroit. Sa pellicule explore une galerie de 170 mètres, exhibant plus de 400 cent œuvres, peintures et gravures pariétales remontant à l’ère aurignacienne (32 000 ans). Il s’agit d’un des plus anciens témoignages humains répertoriés.

 

Grotte Chauvet, empreinte de main en négatif

 

De gauche à droite, de haut en bas, la caméra parcoure le sol jonché de vestiges archéologiques : silex taillés, os d’ours de cavernes et de bouquetins, diverses empreintes animales et végétales. Des hommes de Cro Magnon y mouchèrent leurs torches sur les parois.  Les traces paraissent étonnamment fraîches, comme si elles dataient d’hier.

 

 

 

Les rhinocéros, les félins et les mammouths composent l’essentiel de ce bestiaire. Il s’y ajoute, pêle-mêle, des chevaux, bisons, rennes, aurochs et bouquetins. La beauté minérale de l’endroit, ses stalactites et stalagmites en calcite font scintiller les scènes de chasse et d’accouplement.

Grotte Chauvet, rhinocéros

La grotte Chauvet bouleverse nos repères et la chronologie du paléontologue. Fi des théories de l’évolution linéaire de l’art, notamment sur l’apparition de la perspective ! Les frises de chevaux et de lions suggèrent la fuite, l’attaque en groupe ou l’accouplement. Les peintures noires et rouges, les gravures jouent de l’alternance du trait et de la surface. On ressent fortement la vie, son mouvement, son agitation à travers la répétition et le décalage des mêmes formes. Tout se démultiplie à l’image des cornes de rhinocéros sur une des parois. On se croirait presque au début du XXème siècle avec les futuristes italiens et leur rendu visuel de la vitesse.

Giacomo Balla, "Le dynamisme d'un chien en laisse", 1912

 

Vénus, pubis et jambes, pic dit "le sorcier"

Werner Herzog associe à l’ébauche de Vénus mi-femmes, mi-animales les représentations récentes du mythe du minotaure et de la femme. Picasso en fera un de ses thèmes de prédilection en malmenant l’image de la femme sous les traits de sa maîtresse de l’époque, Dora Maar.

 

 

 

 

 

Werner Herzog accorde enfin « une vraie musicalité dans cet endroit, une musique qui émerge du silence absolu[2]. » Il n’invente rien. Certains chercheurs ont tenté de mettre en parallèle les représentations pariétales et les caractéristiques acoustiques des galeries peintes ou gravées. Il croit bon d’ajouter en contrepoint une musique expérimentale qui y fait écho. C’est avec plus ou moins de bonheur qu’il le fait. Pour ceux qui verront le film, je vous en laisse juge !

 

 

 

 



[1] Le Figaro, mercredi 31 août 2011, Werner Herzog “Une plongée dans les abysses de la préhistoire ».

[2] Le Monde, 31 août 2011, Werner Herzog.

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2 commentaires

  1. Charles dit :

    L’automne approche… ces peintures nous mettent dans l’ambiance, même en 2013 !

  2. Artysplash dit :

    Bel automne 2013 ! Il est arrivé avec son lot de découvertes naturelles, picturales ou autres…

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